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"La différence entre l'érotisme et la pornographie c'est la lumière". Bruce LaBruce
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vendredi 15 décembre 2017



AMG












Chuck Rybonski




 Don Silvas and Floyd Badgwell 




Ed Bowersox








Herb Lamm 




Ray Loop 




Wilhelm von Gloeden









Marcus Leatherdale 




Silent Scream 1992









Boris Grigoriev, 1886-1939. Russie




Portrait du fils de l'artiste, Cyril Grigoriev, vers 1931. Huile sur toile, 90.5 x 71 cm









Thomas Eakins, 1844 - 1916. USA




Two male nudes, vers 1884, Albumen silver print, 11.7 × 9.3 cm





Francis Gruber 1912–1948. France




Job, 1944. Huile sur toile, 1619 x 1299 mm. Tate









Paco Lafarga







Mel Odom







jeudi 14 décembre 2017



David Hockney, 1937. Royaume-Uni







Illustrations for Fourteen Poems from C.P. Cavafy 



Constantin Cavafy, 1863-1933. Grèce





Constantin Cavafy ou Cavafis, connu aussi comme Konstantinos Petrou Kavafis, ou Kavaphes (en grec Κωνσταντίνος Πέτρου Καβάφης) est un poète grec né à Alexandrie en Égypte le 29 avril 1863 et mort dans la même ville le 29 avril 1933.

Très peu connu de son vivant, il est désormais considéré comme une des figures les plus importantes de la littérature grecque du XXe siècle. Il fut fonctionnaire au ministère des travaux publics d'Alexandrie, journaliste et courtier à la bourse d'Alexandrie. Cet homme qui est aujourd'hui l'un des poètes les plus célèbres de la Grèce moderne a curieusement une biographie d'une sécheresse étonnante qu'il résume lui même de cette façon :

« Je suis de Constantinople par descendance familiale, mais je suis né à Alexandrie - dans une maison située dans la rue Seriph- ; Je dus la quitter très jeune et j’ai passé mon adolescence en Angleterre. Dès lors je retournai visiter ce pays en tant qu’adulte, mais pour peu de temps. J’ai aussi vécu en France. Pendant mon adolescence, j’ai passé plus de deux ans à Constantinople.
Cela fait longtemps que j’ai visité la Grèce. Mon dernier emploi fut d’être un clerc dans un bureau du gouvernement au ministère des Travaux Publics en Égypte. Je sais parler l’anglais, le français, et aussi un petit peu d’italien » [1]

Sous la blouse du petit fonctionnaire s'est caché l'un des poètes les plus important du XXème siècle qui a fait basculer la poésie grecque dans la modernité. Car Cavafy s'est caché toute sa vie. Il n'a publié aucun recueil de son vivant, donnant des poèmes à des revues littéraires ou les faisant circuler auprès de quelques amis sous forme de feuillets et de brochures auto-édités. En outre il remaniait sans cesse ses textes, et en détruisait beaucoup, en particulier pour ses œuvres de jeunesse. Ainsi, l'essentiel de son œuvre a été composé après son quarantième anniversaire. Cavafy a publié 154 poèmes, auxquels on peut en ajouter 75 restés inédits jusqu’en 1968, et 27 autres qu’il avait publiés entre 1886 et 1898 mais reniés par la suite [2].

Pourquoi cette discrétion? Parce que l'oeuvre de Cavafy est dédiée à l'amour des garçons et à l'homoérotisme. Cet homme secret cachait son homosexualité et son désir des garçons dans ses poèmes qu'il ne montrait qu'à un public averti de son entourage et ne publiaient pas. Il y raconte son amour des hommes jeunes, de leur corps ferme, les rencontres sans lendemain, le plaisir des relations cachées.

Son œuvre poétique est teintée de mélancolie. Elle est centrée sur des amours impossibles à vivre à cette époque et qui bien souvent consistaient en de furtives rencontres ou à de l’amour tarifé dans les bordels d’Alexandrie et qui laissaient le poète dans une sombre tristesse. Il sublimait alors ces bonheurs impossibles, ces expériences sans lendemain dans une œuvre intime et nostalgique.

Résolument tournée vers l’Antiquité gréco-romaine, l’œuvre de Constantin Cavafy est assez pessimiste et surtout tournée vers la fuite du temps, la vie perdue, le passé qu’il faut tenter d'oublier tant il paraît vaste alors que le futur est bien trop court. Les occasions ratées pèsent lourdement à la fin de la vie, il faut à tout prix les saisir quand elles passent ! [3]

En France, c'est Marguerite Yourcenar qui a contribué à faire découvrir son oeuvre. « cette européenne macérée dans l’hellénisme comme l’olive dans l’huile » [4] considérait que « c'est aussi l'un des plus grands, le plus subtil en tout cas, le plus neuf peut-être, le plus nourri pourtant de l'inépuisable substance du passé [5]. »

« J’ai été frappée par ce destin profondément grec moderne de Cavafy : cette tristesse d’être grec, cette fierté d’être grec, ce sentiment d’un tout petit pays. Pour Cavafy la Grèce n’était qu’un tout petit pays. Il n’était même pas Grec de Grèce, il était Grec d’Egypte, par conséquent tout de même un étranger jusqu’à un certain point. Il y a en même temps ce sentiment d’un accablant passé, d’un immense passé et qu’il ne voit pas du même coup d’œil que nous. Notre Grèce, c’est la Grèce classique, et, pour eux, c’est cette longue série de perturbations qui va d’Alexandre à la conquête de Constantinople et à la Grèce moderne. Et alors, ce dépouillement, cette tristesse de Cavafy, ce désir d’aller jusqu’au bout de ses expériences, même de ses expériences érotiques qui en somme étaient limitées - dans un sens l’expérience érotique l’est toujours pour chaque individu - et de leur faire donner tout ce qu’elles pouvaient donner, d’en faire une philosophie du temps, de tâcher de situer ces expériences dans le temps, tout cela devenait très intéressant » dit-elle dans un entretien.[6]

De 1932 à 1939, la vie de Marguerite Yourcenar, de son propre aveu, est « centrée sur la Grèce » ; chaque année, elle séjourne plusieurs mois en Grèce, elle traduit les poèmes de Cavafy avec l’aide de Constantin Dimaras; [7]

La poésie de Cavafy est d'abord une poésie de la rue. Il est un marcheur. Il décrit les tavernes, les boutiques, les cafés, les vitrines de l'Alexandrie cosmopolite de son époque. « Je me vautre dans les tavernes et les bordels de Beyrouth » dit-il dans son poème « Dans les tavernes ».

Il est aussi un poète du désir, « Mon apport à l’art est fait de sensations et de désirs... Quelques visages ou lignes entrevues, vagues mémoires d’amours inachevées... Mieux vaut m’abandonner à l’art. Il sait façonner une certaine forme de beauté, complétant la vie de manière presque imperceptible, combinant les impressions, combinant les jours... » [9], le poète du souvenir du désir et de la nostalgie du temps qui passe, de la jeunesse qui s'enfuie. Dans « Un vieillard », il écrit : « Il se dit qu'il fut trop crédule (quelle folie !) ; il a trop écouté la menteuse sagesse qui lui murmurait : « Demain… Tu as bien le temps ! ».




Constantin Cavafy en 1901 ou 1903



En 1966, David Hockney réalisa treize gravures pour Illustrer quatorze poèmes de CP Cavafy.

Première série majeure d'eaux fortes de Hockney depuis A Rake's Progress (1961-3), elle fut conçue presque entièrement en termes de lignes et contenait certains des dessins les plus accomplis de l'artiste à cette date. Il avait déjà fait référence aux écrits du poète grec d'avant-guerre Constantin P. Cavafy. Miror, Miror on the Wall, 1961 (Tate Gallery P11377), contient une citation des deux dernières lignes du poème « Le miroir dans la salle », et A Grand Procession of Dignitaries in the Semi-Egyptian Style, 1961 (collection privée) a été inspiré par le poème « En attendant les barbares » [voir Annexe]. Mais c'était la première déclaration importante de Hockney inspirée par le poète. Bien qu'il ait voulu à l'origine illustrer une gamme beaucoup plus ambitieuse de poèmes, cela s'est avéré irréalisable et il a donc décidé seulement d'inclure ceux sur le sujet de l'amour homosexuel. Une nouvelle traduction a été produite par les poètes Stephen Spender et Nikos Stangos, et publiée avec les eaux fortes en 1967.

Au début de 1966, Hockney se rendit à Beyrouth, qu'il considérait comme l'équivalent contemporain de l'Alexandrie de Cavafy, pour rechercher des images pour les estampes. Tout en s'inspirant de la poésie de Cavafy, Hockney s'est également inspiré de ses propres expériences et de son environnement. Par exemple, son dessin à l’encre Boys in Bed, Beyrouth (1966) (en fait dessiné à Londres en utilisant deux de ses amis comme modèles) a été adapté pour l'une des estampes, According to Prescriptions of Ancient Magicians. Des photographies ont également été utilisées comme matériel de référence, en particulier pour des tirages tels que In an Old Book et The Beginning, et les portraits de Cavafy - des images qu'il décrit comme « très posées » (Livingstone, p.86). Hockney n'était pas entièrement satisfait des résultats, cependant: « Les choses comme le poids et le volume sont très difficiles à obtenir à partir d'une photographie. Vous n'obtenez pas l'information dont vous avez besoin pour pouvoir faire la ligne » (Livingstone, pp.87-8).

Hockney a conçu les images, comme les textes anglais, comme une traduction mise à jour de l'imagerie de Cavafy. Portrait of Cavafy II dépeint le poète devant un décor architectural copié d'un dessin de Hockney d'un poste de police de Beyrouth, avec une voiture moderne au premier plan. Seulement quelques-unes des eaux fortes (He Enquired After the Quality, The Shop Window of a Tobacco Store)) représentent un lieu ou une scène particulière tel que décrit dans les poèmes. Hockney ne travaillait pas avec les poèmes à ses côtés, et il ne voulait pas non plus que chaque image soit l'illustration d'un poème particulier. Plutôt, Stangos et lui ont assigné des poèmes aux eaux fortes seulement après que les copies aient été faites. Conçues comme des équivalents visuels de l'humeur et du thème de toute la poésie homoérotique de Cavafy, les eaux fortes de Hockney illustrent des variations sur le thème de deux hommes engagés dans des rencontres anonymes et sans fin. Certains thèmes se retrouvent dans le travail de Hockney et de Cavafy : des expériences éphémères, une nostalgie de l'érotisme et un désir de s'impliquer profondément dans la vie des autres tout en restant un spectateur détaché. [9]

De nombreux auteurs ont traduit les poèmes de Cavafy. D'un point de vue formel, la restitution fidèle du rythme, de la rime, de la cadence et de la musicalité spécifique d'une langue tend à être pratiquement impossible dans une autre. J'ai choisi les traductions de Marguerite Youcenar qui fut la première, en France, à le traduire.


David Hockney 

Illustrations for Fourteen Poems from C.P. Cavafy, 1966 





Portrait of Cavafy in Alexandria. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate


LE MIROIR DU VESTIBULE

Ο καθρέπτης στην είσοδο

Το πλούσιο σπίτι είχε στην είσοδο
έναν καθρέπτη μέγιστο, πολύ παλαιό·
τουλάχιστον προ ογδόντα ετών αγορασμένο.

Ένα εμορφότατο παιδί, υπάλληλος σε ράπτη
(τες Κυριακές, ερασιτέχνης αθλητής),
στέκονταν μ’ ένα δέμα. Το παρέδοσε
σε κάποιον του σπιτιού, κι αυτός το πήγε μέσα
να φέρει την απόδειξι. Ο υπάλληλος του ράπτη
έμεινε μόνος, και περίμενε.
Πλησίασε στον καθρέπτη και κυττάζονταν
κ’ έσιαζε την κραβάτα του. Μετά πέντε λεπτά
του φέραν την απόδειξι. Την πήρε κ’ έφυγε.

Μα ο παλαιός καθρέπτης που είχε δει και δει,
κατά την ύπαρξίν του την πολυετή,
χιλιάδες πράγματα και πρόσωπα·

μα ο παλαιός καθρέπτης τώρα χαίρονταν,
κ’ επαίρονταν που είχε δεχθεί επάνω του
την άρτιαν εμορφιά για μερικά λεπτά.


Un vieux miroir acquis il y a plus de quatre-vingts ans ornait le vestibule de cette riche maison.
Un jeune apprenti tailleur (athlète amateur le dimanche) entra avec un paquet. Il remit ce paquet à une personne qui le porta à l’intérieur de la maison avec le reçu. L’apprenti resta seul, et attendit. Il s’approcha du miroir et s’y regarda en arrangeant sa cravate. Cinq minutes plus tard, on lui apporta le reçu. Il le prit et s’en alla.
Mais le vieux miroir qui avait reflété tant d’objets et de visages exulta d’avoir réfléchi un instant la beauté parfaite.




Traduction de Socrate Zervos






Portrait of Cavafy II. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate


UNE PEINTURE


Ζωγραφισμένα

Την εργασία μου την προσέχω και την αγαπώ.
Μα της συνθέσεως μ’ αποθαρρύνει σήμερα η βραδύτης.
Η μέρα μ’ επηρέασε. Η μορφή της
όλο και σκοτεινιάζει. Ολο φυσά και βρέχει.
Πιότερο επιθυμώ να δω παρά να πω.
Στη ζωγραφιάν αυτή κυττάζω τώρα
ένα ωραίο αγόρι που σιμά στη βρύσι
επλάγιασεν, αφού θ’ απέκαμε να τρέχει.
Τι ωραίο παιδί· τι θείο μεσημέρι το έχει
παρμένο πια για να το αποκοιμίσει.-
Κάθομαι και κυττάζω έτσι πολλήν ώρα.
Και μες στην τέχνη πάλι, ξεκουράζομαι απ΄την δούλεψή της.



J’aime mon travail ; j’y mets tous mes soins. Mais aujourd’hui l’ouvrage n’avance guère, et je me sens découragé. Le temps m’a influencé : sa figure ne fait que s’assombrir ; il ne cesse de venter et de pleuvoir. J’ai plus besoin de contempler que de m’exprimer. Mais je lève les yeux vers une peinture qui montre un bel adolescent couché près d’une source, sans doute las d’avoir couru. Quel bel enfant ! Quel divin midi l’a pris pour l’endormir ! Je reste longtemps à le regarder de la sorte, et l’art me repose une fois de plus des fatigues de l’art.




 In an Old Book. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate



DANS UN VIEUX LIVRE


Σ’ ένα βιβλίο παλιό

Σ’ ένα βιβλίο παληό -περίπου εκατό ετών-
ανάμεσα στα φύλλα του λησμονημένη,
ηύρα μιάν υδατογραφία άνευ υπογραφής.
Θάταν το έργον καλλιτέχνου λίαν δυνατού.
Έφερ’ ως τίτλον, « Παρουσίασις του Έρωτος ».

Πλήν μάλλον ήρμοζε, « - του έρωτος των άκρως αισθητών ».

Γιατί ήταν φανερό σαν έβλεπες το έργον
(εύκολα νοιώθονταν η ιδέα του καλλιτέχνου)
που για όσους αγαπούνε κάπως υγιεινά,
μες στ’ οπωσδήποτε επιτετραμμένον μένοντες,
δεν ήταν προωρισμένος ο έφηβος
της ζωγραφιάς - με καστανά, βαθύχροα μάτια·
με του προσώπου του την εκλεκτή εμορφιά,
την εμορφιά των ανωμάλων έλξεων·
με τα ιδεώδη χείλη του που φέρνουνε
την ηδονή εις αγαπημένο σώμα·
με τα ιδεώδη μέλη του πλασμένα για κρεββάτια
που αναίσχυντα τ’ αποκαλεί η τρεχάμενη ηθική.



Dans un vieux livre du siècle dernier, j’ai trouvé, oubliée entre les pages, une aquarelle non signée, mais due sans doute à un remarquable artiste. Son titre : « Image de l’amour.

Mais il eût fallu ajouter : « De la plus raffinée des passions sensuelles. »

On voyait bien en regardant cette œuvre (l’intention de l’artiste était évidente) que le jeune homme du portrait n’était pas de ceux qui s’en tiennent à ce qui est plus ou moins sain, plus ou moins permis - avec ses profonds yeux bruns, son beau visage subtil (beauté des jouissances défendues), ses lèvres parfaites, dispensatrices de volupté au corps aimé, ses membres pleins d’une grâce idéale, faits pour des lits que la morale courante juge infâmes…





According to Prescriptions of Ancient Magicians. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate



SELON LES RECETTES DES ANCIENS MAGES GRÉCO-SYRIENS


Κατά τες συνταγές αρχαίων Ελληνοσύρων μάγων

«Ποιό απόσταγμα να βρίσκεται από βότανα γητεύματος», είπ’ ένας αισθητής,
«ποιό απόσταγμα κατά τες συνταγές αρχαίων Ελληνοσύρων μάγων καμωμένο που για μια μέρα (αν περισσότερο
δεν φθάν’ η δύναμίς του), ή και για λίγην ώρα τα είκοσι τρία μου χρόνια να με φέρει
ξανά· τον φίλον μου στα είκοσι δυο του χρόνια
να με φέρει ξανά -- την εμορφιά του, την αγάπη του.

»Ποιό απόσταγμα να βρίσκεται κατά τες συνταγές αρχαίων Ελληνοσύρων μάγων καμωμένο
που, σύμφωνα με την αναδρομήν,
και την μικρή μας κάμαρη να επαναφέρει.»


« Quel philtre magique », s’est demandé l’amateur de perfection, « quelles herbes distillées selon les recettes des anciens mages gréco-syriens pourraient me rendre mes vingt-trois ans, pour un jour ou même pour quelques heures (si leur force ne va pas plus loin), pourraient me rendre mon ami dans sa vingt-deuxième année, sa beauté, son amour ?
Mais quelles herbes distillées selon les recettes des anciens mages gréco-syriens, ramenant le temps en arrière, nous rendraient aussi cette même petite chambre ? »





Beautiful and White Flowers. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate



BELLES ET BLANCHES FLEURS SEYANT À SA BEAUTÉ


Ωραία λουλούδια και άσπρα ως ταίριαζαν πολύ

Μπήκε στο καφενείο όπου επήγαιναν μαζύ. -
Ο φίλος του εδώ προ τριώ μηνών του είπε,
«Δεν έχουμε πεντάρα. Δυο πάμπτωχα παιδιά
είμεθα - ξεπεσμένοι στα κέντρα τα φθηνά.
Σ’ το λέγω φανερά, με σένα δεν μπορώ
να περπατώ. Ένας άλλος, μάθε το, με ζητεί.»
Ο άλλος του είχε τάξει δυο φορεσιές, και κάτι
μεταξωτά μαντήλια.- Για να τον ξαναπάρει
εχάλασε τον κόσμο, και βρήκε είκοσι λίρες.
Ήλθε ξανά μαζύ του για τες είκοσι λίρες·
μα και, κοντά σ’ αυτές, για την παληά φιλία,
για την παληάν αγάπη, για το βαθύ αίσθημά των. -
Ο «άλλος» ήταν ψεύτης, παληόπαιδο σωστό·
μια φορεσιά μονάχα του είχε κάμει, και
με το στανιό και τούτην, με χίλια παρακάλια.

Μα τώρα πια δεν θέλει μήτε τες φορεσιές,
και μήτε διόλου τα μεταξωτά μαντήλια,
και μήτε είκοσι λίρες, και μήτε είκοσι γρόσια.

Την Κυριακή τον θάψαν, στες δέκα το πρωϊ.
Την Κυριακή τον θάψαν: πάει εβδομάς σχεδόν.

Στην πτωχική του κάσα του έβαλε λουλούδια,
ωραία λουλούδια κι άσπρα ως ταίριαζαν πολύ
στην εμορφιά του και στα είκοσι δυο του χρόνια.

Όταν το βράδυ επήγεν - έτυχε μια δουλειά,
μια ανάγκη του ψωμιού του - στο καφενείον όπου
επήγαιναν μαζύ: μαχαίρι στην καρδιά του
το μαύρο καφενείο όπου επήγαιναν μαζύ.

1929

Il est retourné au café qu’ils fréquentaient ensemble. Là, son camarade lui avait dit trois mois plus tôt : « Nous n’avons pas le sou. Nous sommes deux pauvres types réduits à traîner dans des endroits moches. C’est évident : toi et moi, ça ne peut
plus marcher. Et j’aime mieux te dire qu’un autre m’a fait des offres. »
(« L’autre » lui avait offert deux complets et quelques mouchoirs de soie.)
Il a tout mis sens dessus dessous pour reconquérir son camarade, et il a trouvé vingt livres. Son camarade s’est remis avec lui à cause des vingt livres, mais aussi à cause de leur ancienne et tendre amitié, de leur profond amour mutuel. « L’autre » était du reste un menteur, une vraie canaille qui ne lui avait en fin de compte fait faire qu’un complet, et encore en rechignant, après mille prières.
Mais maintenant, plus besoin de complets, ni de mouchoirs de soie, ni de vingt livres, ni de vingt sous… On a enterré son camarade dimanche à dix heures du matin. On l’a enterré dimanche : il y a de cela presque une semaine.
Il a fleuri son cercueil de pauvre de belles et blanches fleurs seyant à sa beauté et à ses vingt-deux ans.
Ce soir (à cause d’une affaire, d’une nécessité concernant son gagne-pain) il est retourné au café qu’ils fréquentaient ensemble. Coup de couteau au cœur : l’odieux café qu’ils fréquentaient ensemble.




He Enquired After the Quality. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate 


LE CLIENT

Il s’informait de la qualité.

Ρωτούσε για την ποιότητα (Il s’informait de la qualité.) 
que curieusement Yourcenar a traduit par Le client


Απ’ το γραφείον όπου είχε προσληφθεί σε
θέση ασήμαντη και φθηνοπληρωμένη

(ως οκτώ λίρες το μηνιάτικό του: με τα τυχερά)
βγήκε σαν τέλεψεν η έρημη δουλειά

που όλο το απόγευμα ήταν σκυμένος: βγήκεν
η ώρα επτά, και περπατούσε αργά και χάζευε
στον δρόμο.- Έμορφος·

κ’ ενδιαφέρων: έτσι που έδειχνε φθασμένος
στην πλήρη του αισθησιακήν απόδοσι.
Τα είκοσι εννιά, τον περασμένο μήνα τα είχε κλείσει.

Εχάζευε στον δρόμο, και στες πτωχικές
παρόδους που οδηγούσαν προς την κατοικία του.

Περνώντας εμπρός σ’ ένα μαγαζί μικρό
όπου πουλιούνταν κάτι πράγματα ψεύτικα
και φθηνά για εργατικούς,

είδ’ εκεί μέσα ένα πρόσωπο, είδε μια μορφή
όπου τον έσπρωξαν και εισήλθε, και ζητούσε
τάχα να δει χρωματιστά μαντήλια.

Ρωτούσε για την ποιότητα των μαντηλιών και
τι κοστίζουν· με φωνή πνιγμένη, σχεδόν
σβυσμένη απ’ την επιθυμία.

Κι ανάλογα ήλθαν η απαντήσεις,
αφηρημένες, με φωνή χαμηλωμένη, με
υπολανθάνουσα συναίνεσι.

Όλο και κάτι έλεγαν για την πραγμάτεια - αλλά

μόνος σκοπός: τα χέρια των ν’ αγγίζουν
επάνω απ’ τα μαντήλια· να πλησιάζουν τα
πρόσωπα, τα χείλη σαν τυχαίως·

μια στιγμιαία στα μέλη επαφή.

Γρήγορα και κρυφά, για να μη νοιώσει
ο καταστηματάρχης που στο βάθος κάθονταν.



Il sortit du bureau où il avait un petit emploi mal payé (pas plus de huit livres par mois avec les extras), quand l’ennuyeux travail qui l’avait tenu courbé tout l’après- midi eut pris fin. Il s’en alla sur les sept heures, flânant, marchant sans hâte le long des rues. Sa figure était intéressante ; il était beau, et donnait l’impression d’une entière plénitude sensuelle. Le mois passé, il avait bouclé ses vingt-neuf ans. Il flânait dans la rue, dans les pauvres ruelles menant à son logement.

En passant devant un petit magasin pour ouvriers, plein de camelote à bas prix, il vit là-dedans un visage, une silhouette qui l’attirèrent ; il entra pour demander à voir des mouchoirs de couleur.

Il s’informait des prix et de la qualité des mouchoirs, la voix haletante, assourdie par le désir. Et les réponses vinrent de même, vagues, chuchotées avec un implicite acquiescement.

Ils trouvaient sans cesse d’autres remarques à faire au sujet des mouchoirs. Leur seul but : que les mains s’effleurent en touchant l’étoffe, que leurs visages, leurs lévres se rapprochent comme par hasard, qu’un bref contact s’établisse entre les deux corps. Vite, furtivement, pour que le patron assis au fond ne s’aperçoive de rien.




In Despair. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate 


DANS LE DÉSESPOIR


Εν απογνώσει

Τον έχασ’ εντελώς. Και τώρα πια ζητεί
στα χείλη καθενός καινούριου εραστή
τα χείλη τα δικά του· στην ένωσι με κάθε
καινούριον εραστή ζητεί να πλανηθεί
πως είναι ο ίδιος νέος, πως δίδεται σ’ εκείνον.

Τον έχασ’ εντελώς, σαν να μη υπήρχε καν.
Γιατί ήθελε -είπ’ εκείνος- ήθελε να σωθεί
απ’ την στιγματισμένη, την νοσηρά ηδονή·
απ’ την στιγματισμένη, του αίσχους ηδονή.
Ήταν καιρός ακόμη- ως είπε- να σωθεί.

Τον έχασ’ εντελώς, σαν να μη υπήρχε καν.
Από την φαντασίαν, από τες παραισθήσεις
στα χείλη άλλων νέων τα χείλη του ζητεί·
γυρεύει να αισθανθεί ξανά τον έρωτά του.


Il l’a complètement perdu. Sur les lèvres de chaque nouvel amant, il cherche ses lèvres. Dans chaque nouvelle union amoureuse, il cherche à se leurrer ; il s’efforce de croire que c’est à lui qu’il se livre.
Il l’a complètement perdu ; c’est comme s’il n’avait jamais existé. L’autre disait vouloir se soustraire à ces plaisirs flétrissants et malsains (ah ! volupté de la honte et de la flétrissure !) ; l’autre disait qu’il était encore temps de s’y soustraire.
Il l’a complètement perdu ; c’est comme s’il n’avait jamais existé. Par l’imagination, à l’aide d’illusions volontaires, il cherche ses lèvres sur d’autres lèvres et son amour dans d’autres amours.





In the Dull Village. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate 


DANS LA PETITE VILLE SANS JOIE


Στο πληκτικό χωριό

Στο πληκτικό χωριό που εργάζεται -
υπάλληλος σ’ ένα κατάστημα
εμπορικό· νεότατος - και που αναμένει
ακόμη δυο τρεις μήνες να περάσουν,
ακόμη δυο τρεις μήνες για να λιγοστέψουν οι δουλειές,
κ’ έτσι να μεταβεί στην πόλιν να ριχθεί
στην κίνησι και στην διασκέδασιν ευθύς·
στο πληκτικό χωριό όπου αναμένει -
έπεσε στο κρεββάτι απόψι ερωτοπαθής,
όλ’ η νεότης του στον σαρκικό πόθο αναμένη,
εις έντασιν ωραίαν όλ’ η ωραία νεότης του.
Και μες στον ύπνον η ηδονή προσήλθε· μέσα
στον ύπνο βλέπει κ’ έχει την μορφή, την σάρκα που ήθελε...


Dans la petite ville sans joie, il travaille comme employé dans un grand magasin de nouveautés. Il est très jeune. Il attend que deux ou trois mois s’écoulent, et que l’affluence des clients diminue, afin qu’il puisse se rendre à la métropole et s’y plonger dans le mouvement et les distractions. Il attend, et, ce soir, dans la petite ville sans joie, il s’est couché sur son lit, en proie au désir. Toute sa jeunesse brûle de passion, belle jeunesse emportée par le bel élan des sens.
Dans le sommeil, la volupté est venue à lui. Dans le sommeil, il croit posséder le corps, la chair désirée.





One Night. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate 


UNE NUIT

Μια νύχτα,

Η κάμαρα ήταν πτωχική και πρόστυχη,
κρυμένη επάνω από την ύποπτη ταβέρνα.
Απ’ το παράθυρο φαίνονταν το σοκάκι,
το ακάθαρτο και το στενό. Από κάτω
ήρχονταν η φωνές κάτι εργατών
που έπαιζαν χαρτιά και που γλεντούσαν.
Κ’ εκεί στο λαϊκό, το ταπεινό κρεββάτι
είχα το σώμα του έρωτος, είχα τα χείλη
τα ηδονικά και ρόδινα της μέθης -
τα ρόδινα μιας τέτοιας μέθης, που και τώρα
που γράφω, έπειτ’ από τόσα χρόνια!,
μες στο μονήρες σπίτι μου, μεθώ ξανά.

1915

La chambre était pauvre et vulgaire, cachée au-dessus de la taverne louche. De la fenêtre, on voyait la ruelle étroite et sale. D’en bas montaient les voix de quelques ouvriers qui jouaient aux cartes et se divertissaient.
Et là, sur l’humble lit plébéien, j’ai possedé le corps de l’amour, j’ai possédé les lèvres empourprées et voluptueuses de l’ivresse. Si empourprées, et d’une telle ivresse, que même en ce moment où j’écris, après tant d’années, dans ma maison solitaire, j’en suis de nouveau grisé.




The Beginning. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate 


LE DÉBUT


Η εκπλήρωσις της έκνομής των ηδονής
έγινεν. Aπ’ το στρώμα σηκωθήκαν,
και βιαστικά ντύνονται χωρίς να μιλούν.
Βγαίνουνε χωριστά, κρυφά απ’ το σπίτι· και καθώς
βαδίζουνε κάπως ανήσυχα στον δρόμο, μοιάζει
σαν να υποψιάζονται που κάτι επάνω των προδίδει
σε τι είδους κλίνην έπεσαν προ ολίγου.

Πλην του τεχνίτου πώς εκέρδισε η ζωή.
Aύριο, μεθαύριο, ή με τα χρόνια θα γραφούν
οι στίχ’ οι δυνατοί που εδώ ήταν η αρχή των.


Leur plaisir illicite a été rempli.
Ils se lèvent et s'habillent rapidement, sans un mot.
Ils sortent de la maison séparément, furtivement;
et comme ils se déplacent le long de la rue un peu instable,
il semble qu'ils sentent que quelque chose à leur sujet trahit le
genre de lit sur lequel ils viennent de se coucher.

Mais quel profit pour la vie de l'artiste:
demain, après-demain ou des années plus tard, il donnera la parole
aux lignes fortes qui ont commencé ici.

traduction de Gilles Ortlieb et Pierre Leyris, publiés aux Editions Seghers (Cavafy, Poèmes anciens et retrouvés).



The Shop Window of a Tobacco Store. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate  



LA VITRINE DU MARCHAND DE TABAC


Η προθήκη του καπνοπωλείου

Κοντά σε μια κατάφωτη προθήκη
καπνοπωλείου εστέκονταν, ανάμεσα σ’ άλλους πολλούς.
Τυχαίως τα βλέμματά των συναντήθηκαν,
και την παράνομην επιθυμία της σαρκός των
εξέφρασαν δειλά, διστακτικά.
Έπειτα, ολίγα βήματα στο πεζοδρόμιο ανήσυχα -
ως που εμειδίασαν, κ’ ένευσαν ελαφρώς.

Και τότε πια το αμάξι το κλεισμένο... το
αισθητικό πλησίασμα των σωμάτων· τα
ενωμένα χέρια, τα ενωμένα χείλη.

1917

Ils se tenaient parmi d’autres passants devant la vitrine brillamment éclairée du marchand de tabac. Leurs regards se rencontrèrent par hasard, et, de façon timide, indécise, exprimèrent le désir défendu qui montait de leur chair. Puis quelques pas inquiets sur le trottoir, jusqu’à ce qu’ils eussent échangé un sourire, et un léger signe.
Et enfin, la voiture bien close, le rapprochement passionné des corps, l’union des mains, l’union des lèvres.




 To Remain. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate  


UNE IMAGE SUBSISTE

Selon l’original grec, ΝΑ ΜΕΙΝΕΙ (Rester)


Να μείνει

Η ώρα μια την νύχτα θάτανε,
ή μιάμισυ.

Σε μια γωνιά του καπηλειού·
πίσω απ’ το ξύλινο το χώρισμα.
Εκτός ημών των δυό το μαγαζί όλως διόλου άδειο.
Μια λάμπα πετρελαίου μόλις το φώτιζε.
Κοιμούντανε, στην πόρτα, ο αγρυπνισμένος υπηρέτης.

Δεν θα μας έβλεπε κανείς.
Μα κιόλας είχαμε εξαφθεί τόσο πολύ,
που γίναμε ακατάλληλοι για προφυλάξεις.

Τα ενδύματα μισανοίχθησαν - πολλά δεν ήσαν
γιατί επύρωνε θείος Ιούλιος μήνας.

Σάρκας απόλαυσις ανάμεσα
στα μισανοιγμένα ενδύματα·
γρήγορο σάρκας γύμνωμα - που το ίνδαλμά του
είκοσι έξη χρόνους διάβηκε· και τώρα ήλθε
να μείνει μες στην ποίησιν αυτή.


Il pouvait être une heure ou une heure et demie du matin.
Dans un coin de la taverne, derrière la cloison de bois. Nous étions seuls dans la salle déserte. Une lampe à pétrole éclairait à peine. À la porte, le garçon, fatigué d’avoir trop veillé, dormait.
Personne ne pouvait nous voir. Mais déjà la passion nous rendait incapables de prudence.
Les vêtements se sont entrouverts… Il n’y en avait guère, car un divin mois de juin brûlait.
Jouissance de la chair à travers les vêtements qui s’entrouvrent! Bref dénudement de la chair! Cette image a traversé vingt-six années, et maintenant, elle est venue résider dans ce poème.






Two Boys Aged 23 or 24. Etching and aquatint on paper, 345 x 223 mm. Tate  



DEUX JEUNES HOMMES, ENTRE VINGT-TROIS ET VINGT-QUATRE ANS

Δύο νέοι, 23 έως 24 ετών

Απ’ τες δεκάμισυ ήτανε στο καφενείον,
και τον περίμενε σε λίγο να φανεί.
Πήγαν μεσάνυχτα - και τον περίμενεν ακόμη.
Πήγεν η ώρα μιάμισυ· είχε αδειάσει
το καφενείον ολοτελώς σχεδόν.
Βαρέθηκεν εφημερίδες να διαβάζει
μηχανικώς. Απ’ τα έρημα, τα τρία σελίνια του
έμεινε μόνον ένα: τόση ώρα που περίμενε
ξόδιασε τ’ άλλα σε καφέδες και κονιάκ.
Κάπνισεν όλα του τα σιγαρέτα.
Τον εξαντλούσε η τόση αναμονή. Γιατί
κιόλας μονάχος όπως ήταν για ώρες, άρχισαν
να τον καταλαμβάνουν σκέψεις οχληρές
της παραστρατημένης του ζωής.

Μα σαν είδε τον φίλο του να μπαίνει - ευθύς
η κούρασις, η ανία, οι σκέψεις φύγανε.

Ο φίλος του έφερε μια ανέλπιστη είδησι.
Είχε κερδίσει στο χαρτοπαικτείον εξήντα λίρες.

Τα έμορφά τους πρόσωπα, τα εξαίσιά τους νειάτα,
η αισθητική αγάπη που είχαν μεταξύ τους,
δροσίσθηκαν, ζωντάνεψαν, τονώθηκαν
απ’ τες εξήντα λίρες του χαρτοπαικτείου.

Κι όλο χαρά και δύναμις, αίσθημα κι ωραιότης
πήγαν - όχι στα σπίτια των τιμίων οικογενειών τους
(όπου, άλλωστε, μήτε τους θέλαν πια):
σ’ένα γνωστό τους, και λίαν ειδικό,
σπίτι της διαφθοράς πήγανε και ζητήσαν
δωμάτιον ύπνου, κι ακριβά πιοτά, και ξαναήπιαν.

Και σαν σωθήκαν τ’ ακριβά πιοτά,
και σαν πλησίαζε πια η ώρα τέσσερες,
στον έρωτα δοθήκαν ευτυχείς.

1927

Depuis dix heures et demie, il est au café ; il s’attend à le voir entrer d’une minute à l’autre. Mais minuit arrive : il attend toujours. Une heure et demie déjà : le café s’est vidé presque complètement. Il est las de lire machinalement les journaux. Il ne lui reste qu’un seul de ses malheureux trois shillings. Il a dépensé les autres en café et en cognac ; il a fumé toutes ses cigarettes au cours de cette interminable attente. Ce long retard l’épuise, car, sitôt seul, il se prend à réfléchir amèrement à sa vie dévoyée.
Mais, dès qu’il voit entrer son camarade, fatigue, ennui, idées noires se dissipent instantanément.
L’autre lui apporte une nouvelle inespérée. Il a gagné soixante livres dans une maison de jeu.
Leurs charmants visages, leurs belles jeunesses, l’ardent amour qu’ils éprouvent l’un pour l’autre se ravivent, se vivifient, se raniment grâce aux soixante livres de la maison de jeu.
Débordants de force et de bonheur, ils se rendent, non pas dans le sein de leurs honorables familles (qui d’ailleurs n’en veulent même plus) mais dans une maison malfamée très spéciale et d’eux très bien connue, ils demandent une chambre et des boissons chères, ils boivent de nouveau. Et quand les boissons coûteuses sont épuisées, et qu’il est près de quatre heures du matin, ils s’abandonnent au plaisir, heureux.


****

Annexe.


Love's Presentation.


Love's Presentation est une étude réalisée par le cinéaste James Scott de l'artiste britannique David Hockney en avril 1966, lorsqu'il a commencé sa série de gravures basées sur des poèmes d'amour de Cavafy.












David Hockney. Mirror, Mirror on the Wall, 1961. Etching and aquatint on paper, 405 x 497 mm. Tate





David Hockney. A Grand Procession of Dignitaries in the Semi-Egyptian Style, 1961. Huile sur toile, 213,36 x 365,76 cm. Collection particulière


EN ATTENDANT LES BARBARES

Περιμένοντας τους Βαρβάρους,

-Τι περιμένουμε στην αγορά συναθροισμένοι;
Είναι οι βάρβαροι να φθάσουν σήμερα.

-Γιατί μέσα στην Σύγκλητο μιά τέτοια απραξία;
Τι κάθοντ’ οι Συγκλητικοί και δεν νομοθετούνε;

-Γιατί οι βάρβαροι θα φθάσουν σήμερα.
Τι νόμους πια θα κάμουν οι Συγκλητικοί;
Οι βάρβαροι σαν έλθουν θα νομοθετήσουν.

-Γιατί ο αυτοκράτωρ μας τόσο πρωί σηκώθη,
και κάθεται στης πόλεως την πιο μεγάλη πύλη
στον θρόνο επάνω, επίσημος, φορώντας την κορώνα;

-Γιατί οι βάρβαροι θα φθάσουν σήμερα.
Κι ο αυτοκράτωρ περιμένει να δεχθεί
τον αρχηγό τους. Μάλιστα ετοίμασε
για να τον δώσει μια περγαμηνή. Εκεί
τον έγραψε τίτλους πολλούς κι ονόματα.

-Γιατί οι δυό μας ύπατοι κ’ οι πραίτορες εβγήκαν
σήμερα με τες κόκκινες, τες κεντημένες τόγες·
γιατί βραχιόλια φόρεσαν με τόσους αμεθύστους,
και δαχτυλίδια με λαμπρά γυαλιστερά σμαράγδια·
γιατί να πιάσουν σήμερα πολύτιμα μπαστούνια
μ’ ασήμια και μαλάματα έκτακτα σκαλισμένα;

Γιατί οι βάρβαροι θα φθάσουν σήμερα·
και τέτοια πράγματα θαμπόνουν τους βαρβάρους.

-Γιατί κ’ οι άξιοι ρήτορες δεν έρχονται σαν πάντα
να βγάλουνε τους λόγους τους, να πούνε τα δικά τους;

Γιατί οι βάρβαροι θα φθάσουν σήμερα·
κι αυτοί βαριούντ’ ευφράδειες και δημηγορίες.

-Γιατί ν’ αρχίσει μονομιάς αυτή η ανησυχία
κ’ η σύγχυσις. (Τα πρόσωπα τι σοβαρά που έγιναν).
Γιατί αδειάζουν γρήγορα οι δρόμοι κ’ οι πλατέες,
κι όλοι γυρνούν στα σπίτια τους πολύ συλλογισμένοι;

Γιατί ενύχτωσε κ’ οι βάρβαροι δεν ήλθαν.
Και μερικοί έφθασαν απ’ τα σύνορα,
και είπανε πως βάρβαροι πια δεν υπάρχουν.

Και τώρα τι θα γένουμε χωρίς βαρβάρους.
Οι άνθρωποι αυτοί ήσαν μιά κάποια λύσις.

1911


"Qu’attendons-nous, rassemblés sur l’agora?
On dit que les Barbares seront là aujourd’hui.

Pourquoi cette léthargie, au Sénat?
Pourquoi les sénateurs restent-ils sans légiférer?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui.
À quoi bon faire des lois à présent?
Ce sont les Barbares qui bientôt les feront.

Pourquoi notre empereur s’est-il levé si tôt?
Pourquoi se tient-il devant la plus grande porte de la ville,
solennel, assis sur son trône, coiffé de sa couronne?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui
et que notre empereur attend d’accueillir
leur chef. Il a même préparé un parchemin
à lui remettre, où sont conférés
nombreux titres et nombreuses dignités.

Pourquoi nos deux consuls et nos préteurs sont-ils
sortis aujourd’hui, vêtus de leurs toges rouges et brodées?
Pourquoi ces bracelets sertis d’améthystes,
ces bagues où étincellent des émeraudes polies?
Pourquoi aujourd’hui ces cannes précieuses
finement ciselées d’or et d’argent?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui
et que pareilles choses éblouissent les Barbares.

Pourquoi nos habiles rhéteurs ne viennent-ils pas à l’ordinaire prononcer leurs discours et dire leurs mots?

Parce que les Barbares seront là aujourd’hui
et que l’éloquence et les harangues les ennuient.

Pourquoi ce trouble, cette subite
inquiétude? – Comme les visages sont graves!
Pourquoi places et rues si vite désertées?
Pourquoi chacun repart-il chez lui le visage soucieux?

Parce que la nuit est tombée et que les Barbares ne sont pas venus
et certains qui arrivent des frontières
disent qu’il n’y a plus de Barbares.

Mais alors, qu’allons-nous devenir sans les Barbares?

Ces gens étaient en somme une solution."

Traduction Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras.


****


Sources :

[1] http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/cavafy.html
[2] wikipédia
[4] Paul Guth, Avec Marguerite Yourcenar à Paris (1956), in Marguerite Yourcenar, Portrait d’une voix, Gallimard, Les Cahiers de la NRF, 2002, p. 51.
[5] Yourcenar 1958, p. 7.
[6] Marguerite Yourcenar: Portrait d’une voix. Vingt-trois entretiens (1953-1987), textes réunis, présentés et annotés par Maurice Delcroix, Gallimard, Les cahiers de la NRF, 2002, p.117.
[7] La mémoire méditerranéenne de Constantin Cavafy. André-Alain Morello http://journals.openedition.org/babel/1417#ftn8
[8] « Apports », Poèmes, éd. Yourcenar
[9] Tate http://www.tate.org.uk/art/artworks/hockney-portrait-of-cavafy-ii-p77575


Aller plus loin :


mardi 12 décembre 2017








Leonard McComb, 1930. Angletterre 




Portrait of a Young Man Standing, 1963-83. Bronze and gold leaf, 1760 x 522 x 465 mm. Tate











M. Magritte




Sylvia Sleigh, 1916–2010. USA 




Paul Rosano Reclining, 1974. Huile sur toile, 1389 x 1945 mm. Tate




Tracey Moffatt born 1960 




[no title], 1997. Lithographie sur papier, 615 x 760 mm. Tate





Années 70




Koes Staassen, Pays-Bas




To Reach and Withdraw, 2015